On bouge à Saint-Pantaléon !

Le site de ceux qui font bouger Saint-Pan !

Des noms et des compléments de lieux…

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Tandis que le Programme de Rénovation urbaine peaufine toujours un peu plus la nouvelle physionomie de Saint-Pantaléon, des rues et des allées du quartier s’emparent de noms nouveaux pour rappeler chaque jour la mémoire de ces femmes et de ces hommes qui ont marqué de leur empreinte une histoire très récente.

Le parc central voisin du Prieuré porte désormais le nom de Robert Schuman et, au bas des bâtiments 22 à 26 dernièrement rénovés, la rue Jacques Delors s’en va rejoindre le cours Jean Monnet, qui longe les abords des Presles. Avec ces hommes d’État qui ont bâti l’Europe et qui ont œuvré à son unité, des femmes ont aussi résisté et elles se sont battues pour l’égalité des droits.

Ainsi Olympe de Gouges (1748 – 1793) qui proclame sa « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne » dans le chaos de la Révolution française. À proximité des Jardins partagés, l’allée qui lui est dédiée rencontre l’Allée Germaine Tillion (1907 – 2008) qui relie le bâtiment 54 et le groupe scolaire Victor Hugo. Olympe de Gouges s’est révoltée contre la Terreur, Germaine Tillion a lutté contre l’occupant nazi. L’une a été emprisonnée, l’autre a été déportée. Toutes les deux ont été condamnées à mort.

Il était donc tentant d’aller au-delà de ces rues et de ces voies nouvelles pour partir vers une Histoire vivante et en rapporter les images et les témoignages qui racontent celles et ceux dont Saint-Pan veut se souvenir aujourd’hui.

Les hortensias rouges de Germaine Tillion

On connaît peu Germaine Tillion. Mais le parcours de cette femme, qui a traversé le XXème siècle d’un bout à l’autre, est époustouflant.

 

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Germaine Tillion naît le 30 mai 1907 à Allègre, au nord-ouest du Puy-en-Velay (Haute-Loire).

Son père, Lucien, est magistrat.

Sa mère, Émilie, dirige la collection des « Guides bleus » pour les éditions Hachette.

Très tôt, la jeune fille aspire à comprendre l’être humain et se consacre à toutes les sciences qui peuvent l’y aider : la psychologie, l’histoire et l’archéologie. Elle trouve sa voie dans l’ethnologie, une discipline alors en plein renouveau qui se consacre à l’étude des groupes humains et des populations dites « primitives » pour déterminer la structure et l’évolution des sociétés.

 

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Germaine Tillion traverse le XXème siècle, tout au long de décennies qui retiennent aujourd’hui qu’elle a été ethnographe, résistante dès 1940, déportée à Ravensbrück (au nord-est de l’Allemagne), sociologue du nazisme, ennemie de la torture et interlocutrice des combattants algériens. Les cent années de sa vie n’oublient pas non plus qu’elle a ardemment défendu l’émancipation de la femme dans le bassin méditerranéen.

 

 

Avoir 30 ans dans les Aurès

 

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En 1934, la jeune ethnologue découvre l’Algérie lors de sa première mission d’études dans les Aurès, une chaîne de montagnes qui forme la partie est de l’Atlas pré-saharien. Les patients travaux de recherches qu’elle effectue sur le terrain pendant cinq ans vont sceller les fondements majeurs de son parcours intellectuel. Tout au long de cette expérience, Germaine Tillion acquiert des capacités d’observation et d’analyses auxquelles elle aura recours pendant toute sa vie.

 

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La débâcle de juin 40, la Résistance et la Déportation

« Je n’avais pas prévu et à peine pressenti l’effondrement de la France et j’en souffrais, d’une douleur insupportable, accrue encore par les reproches que je me faisais sur mon indifférence antérieure : puisque la dignité et l’indépendance de mon pays étaient pour moi si essentielles, j’étais sans excuses de m’être fiée à des inconnus pour y veiller. »

 

De retour à Paris en 1940, Germaine Tillion entre en contact avec le groupe de Résistance qui s’est constitué au Musée de l’Homme. Son refus spontané de la défaite la place parmi les résistants de la première heure. Sous le couvert d’une association d’aide aux soldats coloniaux, elle participe très tôt à l’organisation de filières d’évasion pour les prisonniers de guerre.

Son groupe, désigné sous le nom de « réseau du Musée de l’Homme », oriente ses actions vers le renseignement et la résistance civile (hébergement de militaires anglais et assistance à la population juive). Arrêtée le 13 août 1942, Germaine Tillion est écrouée à la prison de la Santé, puis à Fresnes.

Le 21 octobre 1943, après 14 mois d’incarcération, elle est déportée à Ravensbrück. À 80 km au nord de Berlin, le camp de concentration est le plus vaste d’Europe, presque exclusivement réservé aux femmes. De mai 1939 à  mars 1945, plus de 130 000 y seront « immatriculées ». Seules 40 000 vont survivre (Source : L’Encyclopédie de la Shoah).

La fiche de Germaine Tillion, dans le registre des déportées libérées de Ravensbrück.

La fiche de Germaine Tillion, dans le registre des déportées libérées de Ravensbrück.

Pendant des mois, Germaine Tillion observe et elle accumule un volume considérable de notes sur la réalité de la vie du camp. Elle interroge autour d’elle des déportées, elle collecte des documents et elle mène de minutieuses recherches pour comprendre le système concentrationnaire.

 

À son retour de Déportation et jusqu’en 1954, Germaine Tillion poursuit son travail de recensement des informations qu’elle a recueillies à de multiples sources : dossiers généraux, registres d’écrous des prisons françaises et allemandes, billets et lettres, enquêtes ou documents matrimoniaux… Des archives sont notamment répertoriées, enrichies, minutieusement tenues à jour et elles témoignent aujourd’hui des parcours de ces déportées que la sauvagerie nazie a embarquées en août 1944 dans les trains à destination du camp.

En 1946, l’ethnologue publie « Ravensbrück », en préambule à une longue période d’études durant laquelle elle va enquêter sur les systèmes concentrationnaires nazi et stalinien.

« Si j’ai survécu, je le dois, d’abord et à coup sûr, au hasard,

ensuite à la colère,

à la volonté de dévoiler ces crimes

et, enfin, à une coalition de l’amitié – car j’avais perdu le désir viscéral de vivre. » 

Germaine Tillion  – matricule 24 588 – « Ravensbrück », Le Seuil (édition 1988), pages 23 et 31

 

« J’ai fait pour eux ce que j’ai pu… »

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À l’automne 1954, François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur du gouvernement Pierre Mendès France, la charge d’étudier les populations civiles algériennes, à l’époque même où le Front de Libération nationale (FLN) entame une campagne pour l’indépendance du pays. En 1955, Germaine Tillion rejoint le cabinet de Jacques Soustelle, nommé cette année-là au poste de gouverneur général de l’Algérie.

Très vite, la situation se dégrade. Les exactions des partisans de l’Algérie française viennent en réponse aux attentats sanglants des insurgés. Pour rétablir l’ordre, l’armée française entreprend une sévère répression contre les indépendantistes.

Un engagement personnel

« C’est en janvier 1957, écrit Germaine Tillion, que la guerre d’Algérie prend un tournant irréversible, lorsque Robert Lacoste (alors Ministre résidant à Alger) confie tous les pouvoirs de police à l’armée. » Plus loin, elle poursuit : « Je suis alertée à Paris sur la torture dès février 1957 : plusieurs enseignants des centres sociaux venaient d’être arrêtés et torturés sans qu’on puisse prouver leur responsabilité dans un délit quelconque. » (Extrait de « Un ordre caché », propos recueillis par Claude Goure, 1978, dans Germaine Tillion, À la recherche du vrai et du juste. À propos rompus avec le siècle, Le Seuil, 2001, page 39)

En 1957, elle s’engage personnellement dans le conflit. En juin et en juillet, elle est au côté de la Commission internationale contre le Régime concentrationnaire (CICR) qui a obtenu l’autorisation d’inspecter les camps et les prisons d’Algérie.

Le 4 juillet 1957, Germaine Tillion rencontre pour la première fois Yacef Saadi. Le chef clandestin du FLN d’Alger est accompagné d’Ali la Pointe, son garde du corps en arme. « Il était un peu plus de deux heures de l’après-midi, raconte-t-elle, et l’entretien fut long.. »

 

« Excusez-moi, monsieur, je vous avais oublié… »

 

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 » Voici donc près de soixante ans que tu nous apprends à regarder, à écouter, à essayer de comprendre… Toujours avec bienveillance, souvent avec compassion. Tes camarades ont croisé dans ton escalier tes amis berbères, des officiers de parachutistes et des combattants algériens du FLN, le général de Gaulle a été attentif à ce que tu lui communiquais. Tu es toujours en éveil de ce qui est lointain, comme de ce qui est proche. Parfois avec une certaine distraction. Ainsi lorsque le président du tribunal militaire allemand t’annonce que tu es condamnée à mort, il reste stupéfait de ton indifférence. « Oh ! Excusez-moi monsieur, lui dis-tu, je vous avais oublié… » Quelle chance extraordinaire d’avoir « traversé le mal » à tes côtés, puisque en te voyant nous pouvions croire au bien, puisque nous pouvions encore espérer… »

Geneviève de Gaulle – Anthonioz

A droite, Geneviève de Gaulle. L'amie.

A droite, Geneviève de Gaulle. L’amie.

 

 

 

 

 

 

 

À Saint-Mandé (Val-de-Marne), dans le pavillon – coffret à mémoires où elle attend gentiment la venue du nouveau millénaire, Germaine Tillion goûte parfois le plaisir d’une courte escapade dans le jardin et son regard s’attarde sur des hortensias rouges en fleurs.  Ils lui ont été offerts par un proche,  le général Jacques de Bollardière, l’un des très rares officiers français de haut rang à avoir dénoncé, comme elle, la torture en Algérie. « J’ai reçu ces fleurs en 1974, se souvient-elle, pour ma Légion d’Honneur… »  

Cette année-là, on l’a hissée au rang de grand Officier. Plus tard, le 23 décembre 1999, on l’élèvera à la dignité de Grand Croix.

 

 

Germaine Tillion s’éteint à 101 ans, le 19 avril 2008.

 

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Written by adminstpan

février 5th, 2014 at 4:54